Décès du Père Jacques DOUBLIER

Plus haut, plus loin !*

Notre frère Jacques vient de terminer sa dernière ascension, il a définitivement posé son piolet.

Comme il aimait le faire pour contempler la Meije, cette haute montagne du massif des Ecrins, je l’imagine s’asseoir sur un rocher pour contempler tous ceux qui sont restés dans la vallée, et crier un immense MERCI dont l’écho retentirait jusqu’à cette église de Boiscommun où il nous sait tous rassemblés.

Il souhaitait que cette célébration soit une grande prière d’action de grâce pour tout ce qu’il a reçu de Dieu par tous ceux et toutes celles qui ont été sur sa route et pour toutes les responsabilités qui lui ont été confiées, pour tant de partage d’amour et d’amitié.

Régulièrement il remerciait Dieu de l’avoir gâté et soutenu en lui faisant confiance, non parce qu’il était capable mais parce que c’était Son choix.

Nous aussi, cet après-midi, nous voulons crier notre MERCI pour l’homme et le prêtre qu’il était : pour sa simplicité, pour sa liberté, pour sa fraternité et pour sa fidélité.


Jusqu’au bout, Jacques est resté un homme SIMPLE.

Cette simplicité s’est enracinée dans son expérience familiale qui l’a profondément marquée et qui a coloré tout son ministère de prêtre.

Né le 28 septembre 1920 à Sandillon, de parents cultivateurs, Jacques était le 5ème d’une fratrie de 7 enfants : 4 filles et 3 garçons nés en 11 années d’écart.

Jacques a été très marqué par le témoignage de ses parents très unis par un amour profond avec beaucoup de tendresse et de respect, qui n’ont pas influencé sa vocation, mais qui l’ont soutenu avec respect et discrétion. Ses parents étaient pour lui un exemple de foi, d’amour et de service.

Même s’il avait le sentiment de l’avoir fait passer après toutes celles et tous ceux que Dieu avait mis sur sa route, sa famille était chère à son coeur, et il aimait tous les temps de retrouvailles qui permettaient à tous de se rassembler, à l’image de ce qu’il avait vécu jeune lorsque toute la fraterie, dispersée pour les études, se retrouvée à la ferme pour les vacances.

La vie en rural et la famille seront pour lui deux sources d’inspiration et d’engagement importantes, et il en fera les priorités de son ministère de prêtre.

Vicaire à Pithiviers en 44, puis à Lorris en 46, après un an de service militaire auprès des chasseurs alpins, puis curé de Bray en Val et de Bouzy la Forêt de 49 à 52, il deviendra ensuite sous directeur des oeuvres du diocèse au service du monde rural durant 13 années.

Il quittera le service du monde rural en 65 pour devenir délégué épiscopal à la pastorale familiale pour tout le diocèse jusqu’en 73, ayant même des responsabilités régionales, puis plus tard nationales pendant 6 ans auprès du CLER. Jusqu’à ces dernières années, il s’est toujours investi avec beaucoup de passion, de patience et d’écoute dans l’accompagnement des jeunes qui se préparaient au mariage.


Jacques était aussi un homme LIBRE, et cette liberté se manifester dans sa soif des grands espaces à chaque fois qu’il pouvait rejoindre ses montagnes depuis sa pause forcée en 62 où il avait dû se retirer trois mois dans le Vercors à cause d’une fatigue importante. Le début d’une grande passion pour l’homme de la plaine qu’il était, son virus comme il disait, qui lui coûtera deux vertèbres endommagées suite à un dévissage dans un sentier du Queyras, un infarctus suite à des folies en Auverge avec des raquettes, ou encore une cheville cassée à la fin d’une retraite dans les Alpes.
Cette liberté s’enracinait dans son expérience vécue lorsqu’il était séminariste. Entré au séminaire en 1937, à l’âge de 17 ans, il avait réussi à échapper au STO pour des problèmes de dos, et même loupé son train pour répondre à une convocation en allemagne. Mais en 1943 il sera arrêté par la gestapo avec 3 autres séminaristes comme otages à la place d’un autre séminariste, officier dans la résistance, qui avait échappé à la police. Il restera très marqué par cette épreuve dont il parlera peu et toujours avec pudeur.

Sa liberté se manifestait aussi dans son rapport à la hiérarchie : que cela soit avec certains de ses curés qu’il trouvait trop rigide et de l’ancienne école, ou avec certains de ses évêques, où par deux fois il a été profondément blessé par deux nominations qui lui ont été imposées, au nom de l’obéissance, sans concertation ni échange. Pour lui, l’obéissance ne devait pas être un simple « oui, oui » mais une recherche et un échange réciproques.


Simple, libre, Jacques était un homme FRATERNEL.

Je ne reviendrai pas sur son expérience familiale, mais Jacques avait le souci de tous, et tout particulièrement de toutes les communautés qu’il a accompagnées : les lieux que j’ai déjà cités, mais aussi durant tout son ministère à Châteauneuf-sur-Loire de 73 à 86, avant de rejoindre Saint-Denis-de-l’Hôtel où il restera 9 ans. En 95, à 75 ans, âge de la retraite, alors qu’il venait de donner sa démission en demandant à rester là où il était, on lui demande de revenir dans le Pithiverais, après 30 ans de présence dans le Val de Loire, et de s’installer à Boiscommun pour présenter un visage souriant de l’Eglise. Il devait être là normalement comme simple résidant, sans prendre d’initiatives ou de responsabilités, ce qu’il n’a pas pu s’empêcher de faire pour notre grande joie à tous.

Il a toujours eu le souci de travailler avec des laïcs, des frères et des soeurs en Eglise, et combien de fois ne l’avons-nous pas entendu dire : que c’est bon !

Il aura aussi toujours le souci de rejoindre tous les acteurs de la vie des communes qu’il accompagnait, et plus particulièrement des maires avec lesquels il aimait collaborer.

Sa fraternité se manifestera aussi auprès de ses frères prêtres. Que c’est précieux des frères disait-il !

En plus de tous ceux qu’il a côtoyés et accompagnés dans son ministère, avec lesquels il a fait équipe, il a eu la joie de faire partie d’une équipe fraternelle de six prêtres, à laquelle il est resté fidèle durant 50 ans et dont il était le dernier survivant.


Car, jusqu’au bout il est resté FIDELE : fidèle à sa famille, à ses amis, à ses frères prêtres et diacres, aux communautés religieuses où il aimait se ressourcer comme nos frères de St Benoît sur Loire… Mais surtout, fidèle à l’Eglise et au Christ !

Depuis son ordination à la cathédrale d’Orléans, le samedi saint 8 avril 44, Jacques est resté fidèle à sa mission de prêtre diocésain vécue en Eglise et c’était pour lui sa joie. Il y a quelques mois, il me partageait : « mon ministère de prêtre je l'ai vécu dans la joie et l'enthousiasme, j’ai été un gars et un prêtre heureux ! » Serviteur d’une Eglise qui allait vers le monde sans attendre que le monde vienne à elle.

Infatigable témoin de la tendresse de Dieu, il définissait ainsi sa mission : « être à la suite de Jésus, mon ami, par lui et comme lui, signe et présence de Dieu Père. Une tendresse qui ne se dispense pas de certaines exigences, mais qui doit se traduire par la patience, l’espérance, la découverte du positif chez l’autre et la proximité des personnes ; aimer et donner la joie du Dieu Amour ».


Plus haut, plus loin !

« Auprès de notre Père et de Celui que j’ai aimé passionnément, Jésus, je parlerai pour vous.
A Dieu vous me confiez.
A Dieu je vous confie.
Si vous le voulez encore une fois, recevez mon sourire que vous avez aimé. »

Père Christophe Chatillon
Le jeudi 24 août 2017
Lors des obsèques du Père Doublier

*Parmi ses derniers souhaits, Jacques avait demandé que soient déposés sur son cercueil une photo de montagne avec l’inscription « Plus haut - Plus loin », ainsi que son vieux piolet.


Père Jacques DOUBLIER

Nous recommandons à la prière du diocèse le Père Jacques DOUBLIER,
décédé à Ma maison, Petites Sœurs des Pauvres, Orléans,
le samedi 19 août 2017, à l’âge de 96 ans


Il était dans 74ème année de son sacerdoce.


La messe des obsèques a été concélébrée, le jeudi 24 août,
à 15 h 00, en l’église de Boiscommun.

L'inhumation a eu lieu au cimetière de Boiscommun à la suite de la célébration



« Plus haut, plus loin »
Les sommets des montagnes sont à Lui
Ps 94, 4b

Biographie du Père Doublier

Jacques Doublier est né le 28 septembre 1920 à Sandillon.

Fin 1943, arrêté par la Gestapo, il fut pendant un mois otage prisonnier avec 3 autres séminaristes, Bernard CHENAULT, Jean-Marie FROMENTIN et Georges METIVET.

Il est ordonné prêtre le 8 avril 1944 par Monseigneur Courcoux.

De 1944 à 1952, il est vicaire à Pithiviers puis Lorris, et ensuite curé de Bray-en-Val et Bouzy-la-Forêt.

En 1952, il est sous-directeur des œuvres chargé du monde rural (JAC, JACF, MFR).

En 1965, il est responsable de la pastorale familiale.

En 1967, il est nommé doyen du Val-Forêt, puis curé de Châteauneuf-sur-Loire en 1973, curé de Saint-Denis-de l’Hôtel en 1986, de Vienne-en-Val en 1989, de Vitry-aux-Loges en 1992. Parallèlement, de 1979 à 1984, il est aumônier national du CLER.

En 1995, il se retire à Boiscommun, au service du groupement de Pithiviers, puis du pôle Beauce-Gâtinais.

Il était chanoine honoraire depuis 1963.

Il décède le 19 août 2017 chez les Petites Sœurs des Pauvres à Orléans. Obsèques le 24 août à Boiscommun, et inhumation au cimetière de cette commune.

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