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Conférence : Traduire la Bible, sans la trahir !

Samedi 04 Février 2012

Dans le cadre de l'exposition biblique dans notre diocèse, le P. Gérard Billon donnait une conférence : "Traduire la Bible, sans la trahir !" au centre œcuménique. Ici un résumé des principaux points de son intervention.


Il est rare d’écouter un conférencier pendant plus d’une heure sans s’évader dans ses propres pensées. Ce fut pourtant le cas avec le Père Gérard BILLON qui, outre une parfaite maîtrise de son sujet, savait agrémenter ses propos par des notes d’humour (1). Jamais le Centre Œcuménique n’avait vu autant de monde puisqu’on avait été obligé d’asseoir les retardataires dans le hall d’entrée.

Comment traduire la Bible à partir de l’hébreu, du grec et de l’araméen sans la trahir ? Et pourtant elle a été traduite en plus de 2000 langues, tout ou partie. Après avoir rappelé que la Bible est en fait une bibliothèque (ta biblia = les livres), le conférencier retrace l’histoire des traductions de la Thora puis de la Bible chrétienne et tout d’abord la traduction grecque dite des Septante (LXX) au 2me siècle av. J.C. à l’intention des juifs d’Alexandrie qui ne parlaient plus l’hébreu. Il rappelle que « Les LXX ont été la matrice de l’écriture du Nouveau Testament ». C’est ainsi qu’au terme hébreu « Messie » » les chrétiens ont substitué l’équivalent grec « Christ » pour qualifier Jésus.

En Orient, la traduction grecque reste la version de référence de l’Ancien Testament chez les orthodoxes. En Occident le grec a fait place au latin. (En passant G.B. rappelle que « pour les chrétiens, Dieu parle toutes les langues »)

Le grand traducteur sera JEROME (mort en 405) qui traduisit la Bible en latin à partir du grec puis de l’hébreu, ce qui était une première à l’époque. Cette traduction connue sous le nom de VULGATE fut adoptée en 1546 par le Concile de Trente comme traduction catholique officielle. La Vulgate servira de base en Occident aux premières traductions en langue vulgaire.

Déjà, en 1516, LUTHER convaincu que le texte biblique devait être traduit dans la langue du lecteur, sans qu’il soit besoin d’un interprète (magistère ou autre) et qu’il fallait partir de la langue originale, écrivit une traduction en allemand courant à partir de l’hébreu et du grec. Il joignit pourtant à sa traduction des notes explicatives, ce qui constituait une exception au principe protestant de « la sola scriptura » (l’Ecriture seule). La Bible de Luther va servir de principe d’unification des Principautés allemandes. L’Angleterre connut un processus semblable avec la Bible du Roi Jacques.

Dans l’ère française, au XVIème siècle, la Bible d’OLIVETAN introduisit le tutoiement pour s'adresser à Dieu et traduisit le tétragramme sacré YAHVE (littéralement « Je suis celui qui est ») de prononciation interdite dans le Judaïsme, par « l’Eternel » couramment employé dans les traductions protestantes, mais « le Seigneur » dans les traductions œcuméniques actuelles. CALVIN, Théodore de Bèze et d’autres théologiens réviseront la Bible d’Olivetan. Leur traduction, la Bible de Genève, servit désormais de base aux traductions protestantes du 17me siècle. Au 18e siècle la traduction d’OSTERVALD fut jusqu’au XIXème siècle la référence principale du protestantisme francophone.

Les apocryphes ou deutérocanoniques ne figurent pas dans toutes les traductions parce que considérés par les protestants comme non canoniques. La première traduction interconfessionnelle de la Bible est la TOB (TRADUCTION ŒCUMENIQUE DE LA BIBLE). La Bible SEGOND du nom du pasteur traducteur au XIXème siècle a été remarquablement révisée en collaboration avec des catholiques. La BIBLE DE JERUSALEM, travail des Dominicains, bénéficia d‘une encyclique du pape PIE XII favorable aux sciences bibliques. La TOB a été publiée à l’époque de Vatican II. Elle a été plusieurs fois révisée pour tenir compte de l’évolution de la science biblique qui mettait en cause les hypothèses rédactionnelles traditionnelles.

Pour conclure, le P.G.BILLON qualifie de « challenge œcuménique » la traduction de la Bible en langage actuel, qui est sans cesse à refaire. (2)

Jean Adnet



(1) - Le P. B. Billon est vice-président de l’Alliance Biblique Française, enseignant à l’Université Catholique de Paris, directeur des cahiers « Evangile et liberté ». [En librairie : « Traduire la Bible en français » in Cahiers Évangile (Cerf)]. Il a participé à la dernière révision de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB) en 2001.

(2) - Ce résumé ne saurait rendre compte de tout un exposé extrêmement riche, notamment dans ses développements historiques. On peut écouter cette conférence et les débats qui suivirent sur le site internet du Centre œcuménique.