Témoignage de Jacques Marchand

Aller à la rencontre de l’autre avec mon handicap : me diriger vers le frère avec mes fragilités et mes richesses

Jacques MarchandJe m’appelle Jacques Marchand, j’habite à Selles-sur-Cher dans le Loir-et-Cher. Je suis handicapé de la vue du fait d’une rétinite pigmentaire. Kinésithérapeute de formation et actuellement à la retraite pour invalidité, mes engagements dans la vie de foi et associative sont devenus plus gérables dans le temps.
Je suis Président du groupe départemental de VOIR ENSEMBLE qui est un mouvement chrétien pour personnes aveugles et malvoyantes. Aussi, l’aumônier national m’a demandé de représenter notre mouvement et d’en être le coordinateur pour exprimer nos attentes et dire nos besoins pour le rassemblement Diaconia. A ce titre j’ai rejoint le Conseil Diocésain de Solidarité de mon département.
Je participe aussi à la commission d’accessibilité de la ville de Blois.
Enfin et pour terminer ma présentation, j’enseigne bénévolement la guitare à une trentaine d’élèves.

Aller à la rencontre de l’autre quand on est porteur d’un handicap, c’est se diriger vers le frère avec nos fragilités et nos richesses.
Pour moi, humilité et force sont les clés de toute rencontre.
Notre handicap gêne et crée une fausse barrière dans la relation avec une ou plusieurs personnes. Leurs sourires, leurs apparences vestimentaires ou esthétiques me sont inaccessibles. La poignée de main tendue, le salut de la tête restent sans réponses. Alors comment venir à cet être apparemment si fermé ?

Ma force, c’est un militantisme enraciné dans ma foi et la volonté de témoigner que nous sommes avant tout debout, acteurs et sachant aimer. Ce combat quotidien, je le vis tant au niveau de l’Eglise que dans la vie civile et associative.

Il y a quelque temps, j’ai pris rendez-vous avec le Maire de notre ville pour lui parler de la mauvaise qualité des trottoirs, de la dangerosité des carrefours à traverser quand on est à mobilité réduite ; en fauteuil roulant, avec une canne ou même pour manœuvrer une poussette.
Par la suite, il a fait venir un bureau d’étude pour établir un diagnostic qui s’est avéré très coûteux pour envisager des travaux. D’autre part, avec quelques conseillers municipaux, les yeux bandés ou se déplaçant en fauteuil roulant, il a personnellement expérimenté ces différents modes de locomotion. Je lui ai répondu simplement que nous avions en permanence nos yeux déficients et que les roues de nos fauteuils étaient au service de nos jambes et aussi de notre corps. Cela aurait été si simple que nous soyons présents dès le début pour expliquer nos difficultés à nous déplacer en ville.

A la première récollection de préparation du rassemblement Diaconia 2013, à la Cité Saint Pierre de Lourdes, je me suis retrouvé avec 170 responsables de mouvements et d’institutions religieuses. J’avoue que j’étais inquiet pour tout ce qui concerne la reconnaissance des lieux. Comment affronter le self-service ? Je me sentais un peu seul étant l’unique représentant d’un mouvement de personnes handicapées. Cette fois, il a fallu que j’attende qu’un frère vienne me voir. Et, grâce à Dieu, il est venu, mais pas tout de suite. A la fin de la récollection, certains m’ont avoué qu’ils se sentaient gênés et ne savaient pas comment me proposer leur aide.

Une de mes élèves est malentendante et utilise beaucoup le langage labial. Dans son groupe, ils sont 5 autres enfants. Un jour, ils parlaient tous ensemble alors que j’étais en conversation avec Licia qui manifestement ne pouvait pas se concentrer. J’aurais pu demander le silence avec un simple chut ! En faisant une comparaison avec mon handicap, qu’ils ont appris à gérer dans leur aide, j’ai obtenu un silence total et des tas de questions ont été posées à Licia. Depuis, Licia est comprise et les enfants se tournent vers elle pour lui parler.

Oser dire nos différences et oser exprimer nos besoins permet de faciliter la rencontre avec l’autre. Mais je retiens une chose qui me surprend toujours. La relation est tellement plus simple quand la personne est elle-même en fragilité. Je suis certain que l’handicap peut être un lien qui ouvre la communication avec toutes personnes en fragilité, et ce, qu’elle qu’en soit le type.

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