Projet de loi fin de vie : Lettre de Mgr Blaquart aux parlementaires – 2025
Monsieur /Madame le/la Député,
À compter du 28 avril prochain, vous aurez à examiner en commission des Affaires Sociales puis en séance publique la proposition de loi relative à la fin de vie. Ce texte vous confrontera à une question grave, certes intime mais également profondément politique : est-il opportun de légaliser une forme d’euthanasie ou de suicide assisté aujourd’hui en France ?
En tant qu’Évêque du Loiret, je souhaitais attirer votre vigilance sur les très grandes conséquences qu’auront vos travaux, notamment sur les plus vulnérables d’entre nous, et sur les personnes porteuses de handicap mental, qui pourraient être impactées par cette possibilité d’euthanasie, comme c’est déjà le cas en Suisse, Belgique ou au Canada.
Je connais votre attachement tout particulier aux questions sociales, attachement que je partage profondément. Chaque jour, l’Église du Loiret et ceux qui la constituent, prêtres, religieux, fidèles, accompagnent de nombreuses personnes en situation de vulnérabilité, y compris à la fin de leur vie.
Je tenais à cet égard à vous partager ma profonde préoccupation sur l’illusion qui consisterait à créer ce que certains estiment être un nouveau droit, dans un contexte où le droit à la santé n’est de fait pas garanti. La situation de notre système de santé, spécifiquement dans le Loiret, est comme vous le savez particulièrement dégradée. Pour certaines spécialités, des mois sont nécessaires avant d’obtenir un premier rendez-vous.
De manière plus profonde, si la loi offre des options individuelles, elle porte surtout un message collectif et une dimension normative qui s’imposera à tous. Ainsi, si ce texte est voté, chaque personne en fin de vie devra alors s’interroger sur l’opportunité ou non de continuer à vivre. Le risque est grand que le facteur économique et les considérations financières se greffent, au détriment des soins palliatifs (qui coûtent cher) et des plus pauvres qui ne pourront ou voudront pas être un poids financier pour la société ou leurs proches. Cette perspective m’inquiète au plus haut point et me rappelle cette interrogation qui figure dans le livre de la Genèse, et qui, je le crois, dépasse la dimension confessionnelle : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »
Je serais honoré de pouvoir vous rencontrer pour échanger ensemble sur ce sujet, par l’intermédiaire de mon délégué épiscopal pour les relations avec les élus. Dans cette attente, je vous prie de croire, Monsieur / Madame le député, en l’expression de ma respectueuse considération.
Jacques Blaquart, évêque d’Orléans pour le Loiret
Xavier Poisson, diacre délégué épiscopal pour les relations avec les élus