Les vœux de Monseigneur Jacques Blaquart

Vœux de lenteur et de silence ?
« Tout le malheur humain vient d’une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer en repos. » Commentant cette affirmation de Blaise Pascal, le Cardinal Tolentino Mendoça, aujourd’hui préfet du Dicastère pour la Culture et l’Éducation, à Rome, nous alerte, à la fin de son livre Petit Traité de l’amitié sur le fait que « nous sommes devenus malades du temps. » Les expressions qu’il emploie doivent nous interpeler : Nous sommes devenus des « anxieux entrés dans un cycle effréné d’activités » avec l’impératif constant : « Dépêche-toi ! Dépêche-toi ! » Il en arrive à la conclusion que les plus dangereux « voleurs de temps » ne sont pas ceux qu’on croit. Certes il y a les sollicitations extérieures : le travail professionnel, le soin des enfants, les obligations sociales, … mais les voleurs de temps les plus dévastateurs sont au-dedans de nous, comme le « refus de déléguer », « l’activisme », le « perfectionnisme », etc.
Alors, quelle solution pour trouver le repos intérieur ?
Le premier renoncement consiste à abandonner l’obsession de toute puissance. Nous devons accepter nos limites, demander plus souvent de l’aide, dire (sauf pour les fainéants ou procrastinateurs !) : « cela suffit pour aujourd’hui », sans nous culpabiliser pour autant. Nous sommes invités positivement à redécouvrir ces plaisirs simples auxquels seuls la lenteur et le silence donnent accès.
En entrant dans une année civile nouvelle, nous nous adressons des vœux « de bonne santé surtout ! » Mais de quelle santé parle-t-on ? Un corps sans problèmes physiques peut être vide et déprimé intérieurement. Ne vaut-il pas mieux souhaiter aux autres d’abord une bonne santé fraternelle, relationnelle, faite de rencontres profondes avec les autres et avec Dieu ? Des vœux de silence et de repos, de recueillement et d’intériorité ? Des vœux d’amitié où l’écoute et la gratuité sont premières ?
Dieu est « passé » dans notre humanité dans la personne du Christ, dans sa venue que nous attendons tout le temps de l’Avent et que nous fêtons à Noël. Il ne cesse de « passer », et il va « passer » durant cette nouvelle année 2026. Mais, pris dans l’agitation et le bruit permanents, nous risquons de ne pas l’entendre ni le voir. Elie le Prophète avait compris que Dieu ne venait pas dans le bruit ou l’agitation, mais « dans le murmure du silence » (1 Rois 19, 12) Qu’il en soit de même pour nous !
Alors, quels vœux nous adresser les uns aux autres en ce début d’année liturgique et civile ?
Vœux de silence, de recueillement, d’intériorité !
Vœux d’écoute, de gratuité, d’ouverture aux autres !
Belle marche vers Noël et belle année 2026 !