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Événement : Tibhirine, une mémoire qui tisse des liens de paix

Les 4, 5 et 6 juin 2026, la Maison de la Parole et le théâtre du Puits Manu de Beaugency accueilleront un temps fort autour du message des moines de Tibhirine.

 

Sœur Marie-Simone, religieuse ursuline, coordonne l’animation pastorale de la Maison de la Parole et compte parmi les bâtisseurs de cet événement. Elle nous en explique le sens et la portée.

Pouvez-vous nous dire ce qui va se passer à la Maison de la Parole pendant ces trois journées et soirées ?

À travers cet évènement nous avons souhaité manifester que les liens de paix que nous cherchons à vivre, en particulier dans notre vie sociale et religieuse, chrétiens et musulmans, peuvent être vivifiés par ce que nos frères de Tibhirine ont eux-mêmes réussi à faire grandir.

Le contexte de l’Algérie et du monastère dans les années 90, ouvrira ces 3 jours avec le film « Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois suivi d’un échange entre le public, Christine Ray, chrétienne, et Karima Berger, musulmane, le Jeudi 4 juin.

Vendredi 5 juin, nous apprendrons à mieux connaitre ces moines et leur histoire, leur fragilité, leur recherche, leur croyance, grâce aux films documentaires sur Christian de Chergé et sur Christophe Lebreton, mais aussi par la parole donnée à Hubert de Chergé, frère de Christian, et à Karima, qui, petite fille musulmane, vivait tout proche du monastère…

Puis, nous verrons comment ces liens de paix empreints d’humanité et de foi se développent avec un film documentaire nous donnant une fresque historique, la conférence de Karima sur Abd el-Kader, un des pionniers d’une fraternité islamo-chrétienne, sans oublier Fadila Semaï dont l’intervention s’appuiera sur Mohamed, ce garde champêtre qui a marqué l’histoire de Christian de Chergé.

Avec l’exposition « Lumière de Tibhirine » dans le cloître et la possibilité de nous promener dans le jardin de la Maison de la Parole, nous prolongerons méditation et échanges.

Nous nous intéresserons à la prière et à la poésie, samedi 6 juin, avec les poèmes soufis par nos frères de la communauté soufie d’Orléans et conclurons ces 3 jours à l’Abbatiale Notre-Dame par un court métrage, accompagné à l’orgue, sur des poèmes de frère Christophe, moine, jardinier et poète.

À quel public s’adresse cet évènement ?

Il est ouvert à tous ! Nous souhaiterions que tous les chrétiens saisissent l’occasion d’y inviter tel ou tel ami, tel ou tel voisin, musulman ou sans confession, comme pour lui dire, « viens… et vois… il y a dans notre monde des prophètes de Paix entre les hommes ».

Nous aimerions que nos frères et sœurs musulmans, particulièrement de Beaugency, d’Orléans, de Blois… se sentent invités à apporter leur regard, leur réflexion, leur prière.

Nous aimerions toucher les plus jeunes, les moins de 30 ans pour leur donner le goût de prendre pour mentors ces hommes de la Paix !

En quoi les choix des moines de Tibhirine ont-ils une résonance particulière aujourd’hui ?

Le vivre ensemble semble bien difficile dans tant de pays en guerre, mais aussi chez nous, dans nos villes où nous pouvons être juste juxtaposés, sans nous connaître… Et pourtant ils sont aussi là, ceux et celles qui tissent des liens de respect, d’échanges gratuits.

Les moines ont cultivé la terre et récolté ses produits avec les villageois ; Christian a entendu Mohamed lui dire dans un dialogue entre amis : « les chrétiens ne savent pas prier… » cela a creusé en lui un désir d’écouter la prière de l’autre, d’apprendre de lui à laisser l’Esprit Saint désencombrer la source de sa propre prière. La fidélité des moines à leur vie donnée à Dieu, s’est concrétisée dans leur vie donnée à un peuple, un pays. Ils nous ouvrent un autre regard que celui trop étroit de notre point de vue sur le monde, sur la vie, sur les autres. Ils nous apprennent à mener avec justesse le combat intérieur du quotidien.

La Maison de la Parole a pour mission de faire connaître, approfondir et prier la Parole de Dieu, en quoi ce projet rentre-t-il dans cet objectif ?

Tout simplement, parce que la Parole de Dieu est vivante, elle nous a été transmise par des hommes et des femmes : c’est leur vie, leur expérience, leurs interrogations, qui viennent nourrir, par l’écoute, la prière, nos choix de vie.

Nous apprenons avec eux qui est ce Dieu auquel nous croyons, qui nous sommes pour Lui, avec Lui, comment nous pouvons marcher en sa présence.

La Maison de la Parole veut laisser résonner dans les cœurs la vie de ces prophètes !

 

Sandrine Lambert est la coordinatrice pastorale du groupement Beaugency/Meung-sur-Loire. Elle est la cheville ouvrière de cet événement, investie sur ce projet depuis plusieurs mois.

Sandrine, à quel niveau intervenez-vous dans la mise en place de cet événement ?

Je suis missionnée auprès du projet Tibhirine par mon curé et l’EAP, depuis juin 2025, en tant que coordinatrice de la pastorale. À ce titre, je suis accoutumée à travailler professionnellement en milieu ecclésial, avec les sœurs Ursulines et différents services diocésains. Ici tout particulièrement pour la communication.

Selon vous, quelles sont les compétences requises pour mener à bien un fonctionnement en mode projet au sein des paroisses ?

Une formation à l’intelligence collective et au travail coopératif m’a sensibilisée au mode projet (MP). Depuis 2023, je m’en sers, à la demande de l’EAP, au sein de la Pastorale du Tourisme (trois éditions de « La Nuit des églises »).

Le mode projet mobilise un petit nombre de personnes et dans un temps limité. C’est parfait dans notre contexte national d’essoufflement et de vieillissement des agents pastoraux !

À titre personnel, cela me permet de sortir de ma routine pastorale et de la gestion administrative. À titre communautaire, l’enjeu est de donner de la visibilité à notre Église locale bien vivante et surtout de rester ouvert à l’universel.

Le mode projet est aussi un incubateur efficace : la Nuit des Églises exige d’entrer en relation avec les instances politiques et culturelles. Ces échanges ont débouché sur un partenariat : le cinéma balgentien programme, depuis 2024, trois films chrétiens par an. Des projections ouvertes à tous ! Mon rôle ne consiste pas tant à occuper tout l’espace pastoral qu’à essayer d’en ouvrir de nouveaux.

Cela demande la maîtrise d’outils collaboratifs, la planification et la gestion du temps, centraliser l’information, distinguer la communication ad intra et ad extra, avoir le sens de l’organisation et la capacité de prioriser les tâches pour ne pas se laisser submerger. Le diocèse propose des formations à toutes ces compétences.

Peut-on en conclure que cet événement est en cohérence et agit comme un prolongement du projet paroissial ?

Il ne me parait pas disproportionné d’affirmer que le projet Tibhirine s’inscrit dans le prolongement de l’engagement paroissial. Il étire même son rayonnement vers de nouvelles perspectives spirituelles (dialogue inter religieux). « L’Église est fondamentalement tournée vers l’extérieur » (pape Léon XIV). »